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J'achète un véhicule d'occasion chez un professionnel: ai-je le droit de me plaindre en cas de problème technique ?

Acquérir un véhicule d'occasion auprès d'un concessionnaire ou d'un garage représente un investissement souvent conséquent. Lorsque des problèmes techniques surgissent quelques semaines après l'achat – moteur défaillant, équipements annoncés manquants, kilométrage trafiqué – l'acheteur se demande naturellement quels recours il possède. 

Le législateur belge a prévu une protection juridique robuste : la garantie légale de conformité, mécanisme impératif qui impose au vendeur professionnel une obligation de résultat. Cet article décrypte les contours de cette protection et fournit les clés pour défendre efficacement ses droits.

La garantie légale de conformité : socle de la protection

La garantie légale de conformité s'applique automatiquement à toute vente de véhicule d'occasion conclue entre un professionnel et un consommateur. Le vendeur ne peut ni la supprimer ni la réduire par clause contractuelle.​

Pour les véhicules d'occasion, la durée minimale est d'un an. Elle peut être étendue à deux ans si le contrat de vente ne mentionne pas explicitement une réduction. En d'autres termes, l'absence de clause profite au consommateur : c'est automatiquement deux ans de garantie.

Depuis le 1er juin 2022, le nouveau régime a profondément renforcé la protection du consommateur. Sous l'ancien régime, pendant les six premiers mois, le défaut était présumé exister au moment de la livraison. Passé ce délai, le consommateur devait prouver que le problème préexistait – preuve souvent coûteuse et difficile.​

La réforme porte désormais cette présomption à deux ans, soit la durée complète de la garantie. Tout défaut apparu dans ce délai est automatiquement présumé exister à la livraison. C'est donc désormais au vendeur professionnel de prouver le contraire, ce qui favorise nettement le consommateur.

Qu'est-ce qu'un défaut de conformité ?

Selon l'article 1649ter de l’ancien Code civil, un véhicule est conforme quand:​

  • Il correspond à la description donnée par le vendeur (équipements, caractéristiques techniques annoncés) ;
  • Il est propre à l'usage spécial recherché, si communiqué au vendeur ;
  • Il est propre aux usages habituels (rouler, freiner, fonctionner en sécurité) ;
  • Il présente une qualité et des caractéristiques que le consommateur peut raisonnablement attendre d’un véhicule de ce type.

Si un des critères précités n’est pas rempli, le véhicule est considéré comme ayant un défaut de conformité.

A titre d’exemple, un défaut de conformité peut être : un kilométrage modifié ne correspondant pas au Car-Pass, une boîte automatique promise mais livrée manuelle, l'absence d'équipements expressément mentionnés au contrat (climatisation, système audio, jantes alliage), une autonomie d'électrique nettement inférieure à l'annoncé, des problèmes mécaniques majeurs (moteur, freins) révélant un mauvais état au moment de la vente, etc.

Défaut de conformité ou vice caché ?

Deux régimes de garantie légale coexistent. Il importe de les distinguer.

D’une part, le vice caché (articles 1641-1649 du Code civil) s'applique principalement aux ventes entre particuliers, entre entreprises ou après expiration de la garantie de conformité. Il désigne un défaut grave, caché, antérieur à la vente et rendant le bien impropre à l'usage. Le délai d'action est un vague « bref délai » après découverte, apprécié par les juges.

D’autre part, le défaut de conformité (articles 1649bis à 1649octies du Code civil) s'apprécie différemment : par comparaison objective entre ce qui a été promis et ce qui est livré (analyse documentaire et concrète). Le délai d'action est également plus généreux : un an à compter de la découverte, sans expiration avant la fin de la garantie de 2 ans.​

En cas de doute, invoquer le défaut de conformité offre donc généralement une meilleure protection temporelle que le vice caché. Toutefois, si le vice est légitimement découvert après un délai de 2 ans suivant la livraison du véhicule, alors la garantie de vice caché demeure possible et peut dans certains cas s’avérer utile, bien que plus difficile à démontrer.

L'article 1649quinquies du Code civil organise une hiérarchie de solutions:​

  • En première intention, le consommateur doit demander au vendeur de réparer ou remplacer le véhicule, sans frais et dans un délai raisonnable. Le vendeur ne peut refuser que si c'est impossible ou disproportionné (exemple : remplacement moteur coûtant 80% de la valeur du véhicule).​
  • Si la réparation est impossible, disproportionnée ou insatisfaisante, le consommateur peut exiger une réduction du prix ou la résolution du contrat (annulation pure et simple, avec remboursement intégral). La résolution n'est possible que si le défaut est suffisamment grave.

Pour faire valoir ses droits, le consommateur doit notifier le problème par écrit au vendeur dans un délai de deux mois à partir de la découverte du problème. Une mise en demeure par courrier recommandé est vivement conseillée, décrivant précisément le défaut, les circonstances de découverte, et les solutions recherchées (réparation, remplacement, remboursement). Ce délai peut être prolongé conventionnellement, jamais réduit.

En cas de refus du vendeur, le consommateur dispose d'un délai d'un an à compter de la découverte du défaut pour saisir le juge, sans que ce délai n'expire avant la fin de la garantie légale. 

A cet égard, un dossier probatoire solide est indispensable : contrat de vente, facture, historique Car-Pass, rapport de contrôle technique, carnet d'entretien, courriels avec le vendeur. En cas de problème technique, une expertise automobile indépendante peut également s'avérer souvent très utile pour établir l'existence matérielle du défaut de conformité. L’assurance automobile du véhicule couvre généralement les frais relatifs à cette expertise unilatérale.

Conclusion : Protection légale renforcée, mais vigilance indispensable

Le droit belge offre au consommateur achetant d'occasion chez un professionnel une protection substantielle via la garantie légale de conformité. La réforme de 2022 a considérablement renforcé cette protection en présumant l'existence du défaut pendant deux ans entiers et en inversant la charge de la preuve au détriment du vendeur.​

Cette garantie impose au vendeur de délivrer un bien correspondant à ses promesses, offrant au consommateur lésé plusieurs remèdes : réparation, remplacement, réduction du prix ou annulation. Aucune clause contractuelle ne peut échapper à cette protection impérative.​

L'efficacité de ce dispositif protecteur dépend toutefois du respect des obligations procédurales : notification dans les deux mois, constitution d'un dossier solide, action judiciaire dans les délais. 

Néanmoins, la meilleure stratégie reste toujours la prévention : examen attentif du contrôle technique, vérification du Car-Pass, inspection physique minutieuse et essai routier complet avant l'achat.​

L'achat de véhicule d’occasion chez un professionnel ne doit jamais être précipité. La diligence préalable, proportionnée à l'enjeu financier, demeure le meilleur garant contre les mauvaises surprises ultérieures.

Confronté à un problème avec votre véhicule d’occasion, vous disposez de droits contre le vendeur professionnel – à condition toutefois de les exercer correctement et dans les délais. Vanbelle law Boutique met à disposition des consommateurs et des professionnels son expertise en droit automobile et en droit des contrats pour transformer un contentieux initial en solution efficace, qu’elle soit négociée ou contentieuse.
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